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Témoignages. Pourquoi les agriculteurs ont bloqué le pont de Cheviré à Nantes pendant 2 jours ?

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Mercredi soir, INF Nantes s’est rendu au plus près des agriculteurs en colère sur le pont de Cheviré, bloqué par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs 44. Nous avons interrogé les responsables syndicaux, mais également les membres du mouvement, qui nous ont décrit une situation plus que compliquée.

Le camp des agriculteurs sur le pont de Cheviré | T.L. - INF Nantes
Le camp des agriculteurs sur le pont de Cheviré | T.L. - INF Nantes

Pendant près de 2 jours, Nantes a été paralysé par le blocage du pont de Cheviré par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs de Loire-Atlantique. Des kilomètres et des kilomètres d’embouteillages, des Nantais qui en avaient ras-le-bol de voir leur trajet rallongé de plusieurs dizaines de minutes, voire des heures. Mais derrière ce blocage, il y a des agriculteurs qui souffrent depuis des années et qui mettent en lumière leurs revendications depuis une semaine avec la multiplication des blocages en France. Nous avons rencontré des responsables syndicaux et des agriculteurs qui nous ont raconté comment ils vivent cette crise et comment ils voient leur avenir.

[Les agriculteurs ont été interrogés le 31 janvier au soir, avant les annonces du gouvernement. Depuis, la FNSEA et les JA ont appelé à suspendre les actions comme celle du Pont de Cheviré, praticable en voiture depuis jeudi 1er février à 17 heures.]

"Des règles en Europe qui changent en fonction des pays"

Le pont de Cheviré fermé, accessible à pied par une bretelle. Quand on arrive sur place, une cinquantaine de tracteurs accueillent les curieux, avec un camp installé par les JA et la FNSEA de Loire-Atlantique. Derrière, c’est un paysage rarissime, avec un pont de Cheviré totalement vide, excepté quelques vélos et photographes qui sont venus prendre des photos de Nantes sous un angle de vue rare. L’ambiance sur le camp est bon enfant, des jeunes jouent au palet tandis que d’autres agriculteurs mangent autour d’un feu.

Marina Perrinel, co-présidente des Jeunes Agriculteurs 44, et Stéphane Février, secrétaire adjoint à la FNSEA 44, tous deux producteurs de lait, ont accepté de répondre à nos questions entre deux tracteurs. La co-présidente des JA explique pourquoi le pont est bloqué : “On attend des réponses du gouvernement pour l’agriculture. Les annonces de Gabriel Attal de vendredi dernier ne sont pas suffisantes. En Europe, il y a des règles qui ne sont pas les mêmes entre les pays, avec des contraintes que l’on a en France et qui ne sont pas présentes dans d’autres pays.” Elle prend pour exemple les cerises, avec certaines normes qui sont appliquées en France, mais pas en Espagne.

De son côté, le secrétaire adjoint de la FNSEA, Stéphane Février, dénonce la loi EGALIM : “On demande la réelle application de la loi, pour protéger les revenus des agriculteurs. C’est à l’État de faire appliquer cette loi. Il dénonce également la surtransposition de normes de l’État par rapport à l’Union Européenne.

"Quand on bloque Cheviré, on vise l'état"

Quand on leur pose la question sur pourquoi bloquer Cheviré et pas les groupes industriels comme le fait la Confédération Paysanne à Saint-Étienne-de-Montluc, la réponse est simple : “On vise l’État en bloquant le pont. On ne le fait pas par plaisir, mais c’est un symbole car il dessert le nord et le sud de Nantes et plus globalement du département“, conclut l’un des responsables.

"Quand on demande à l'administration, elle nous a dis qu'elle a 7 ans de retard"

Pierre est agriculteur dans une exploitation familiale, où il travaille avec ses parents et sa femme. Principalement axée sur la production laitière, l’exploitation comprend également une petite production de bovins et de céréales : “Si je suis là aujourd’hui, c’est pour dénoncer la surtransposition des normes, ainsi que faire respecter la loi Egalim. Pour les Jeunes Agriculteurs, il y a de gros retards de paiement dans les aides à l’installation. Personnellement, ça fait 2 ans que j’aurais dû toucher mon aide, et puis quand on demande à l’administration, elle nous a dit qu’elle a 7 ans de retard. Donc, ça veut dire que moi, si on les écoute, on doit rappeler dans 7 ans pour avoir l’aide.

Pour la suite de sa carrière, Pierre, ancien administrateur des Jeunes Agriculteurs 44, est combatif et veut continuer à exercer son travail : “Le but, c’est de se battre pour faire perdurer l’agriculture française dans le territoire, parce qu’on a l’une des meilleures et plus propres agricultures d’Europe. Et ça reste une passion, une vocation pour nous tous. Si je fais ce métier, c’est parce que je suis les traces de mon père qui était agriculteur. On ne compte pas nos heures, au salaire que l’on se dégage. Mais pour moi, c’est un métier d’avenir, on n’a pas le choix de manger, il faut juste qu’on nous respecte maintenant.

Des jeunes dont Emilien (à gauche) jouent au palet sur le camp | T.L. - INF Nantes
Des jeunes agriculteurs comme Emilien (à gauche) jouent au palet sur le camp | T.L. - INF Nantes
Emilien, de la passion au métier

Emilien est salarié agricole dans une exploitation. Il en est arrivé là par passion : “Étant jeune, j’allais régulièrement à la ferme chez des voisins et c’est une passion qui est restée. Après plusieurs formations agricoles, j’ai pu être embauché en tant que salarié.” Concernant l’avenir du métier, Emilien ne sait pas comment va évoluer son métier : “J’aimerais bien m’installer, après je ne sais pas dans quel cadre car mes parents ne sont pas agriculteurs et je n’ai pas d’exploitations, ou alors rester salarié dans une bonne exploitation. Ce n’est pas évident de s’installer aujourd’hui avec toutes les normes qu’il y a, le coût de reprise d’une exploitation est élevé et aujourd’hui, on nous demande de gros moyens. Pour l’instant, je ne sais pas du tout où je serai dans 10 ans.”

"Pour un salarié qui touche 1500€ par mois net, ça coute 3000€"

En tant que salarié, Emilien demande plus de reconnaissance et plus de moyens pour les exploitants afin de faciliter l’embauche, car les “charges patronales” sont énormes. “Pour un salarié qui touche 1500€ par mois net, cela coûte 3000€ à l’exploitant.”

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